Municipales 2026, le vélo, enjeu clé des mobilités locales

À l’approche des élections municipales et métropolitaines de 2026, Rémi Mazeyrac-Audigier. et Thibaut Chardey de La Ville à Vélo, ont été invités au micro du podcast « En un battement d’aile » pour décrypter la place du vélo dans l’agglomération lyonnaise.

🎧 Écoutez l’épisode complet ici :
Municipales 2026 : le vélo, enjeu des mobilités locales


Au programme :

  • Comprendre la répartition des rôles entre les mairies d’arrondissement et l’exécutif métropolitain.
  • Bilan des Voies Lyonnaises : Un effort inédit (110 km réalisés) pour la sécurisation des cyclistes, un réseau discontinu à poursuivre
  • Le Véloscore : Présentation de notre outil d’évaluation des politiques cyclables par commune.
  • Horizon 2026 : Nos attentes vis-à-vis des candidat·es et la nécessité de traiter les « points noirs » et discontinuités.

Interview : Anne Devineaux / Mixage : Pascal Gauthier
https://www.instagram.com/enunbattementdaile


Transcription

Pour écouter le podcast : https://podcast.ausha.co/en-un-battement-d-aile/municipales-2026-velo-enjeu-mobilites-locales

Anne Devineaux : À l’approche des élections municipales et métropolitaines, En un battement d’ailes continue de vous proposer une programmation spéciale pour aider à mieux saisir ce qui se joue concrètement à l’échelle locale.

Et dans cet épisode, on s’intéresse à un enjeu essentiel : la mobilité. Prendre le vélo plutôt que la voiture, attendre son bus, chercher une place pour se garer… Des gestes essentiels qui rythment nos vies au quotidien.

Communes et métropoles sont au cœur des choix en matière de mobilité urbaine, et à Lyon, c’est peu dire que le sujet enflamme les débats. En effet, les pratiques ont beaucoup évolué ces dernières années, les cyclistes sont de plus en plus nombreux à arpenter la ville au détriment des automobilistes, et ces évolutions provoquent des remous. Certains s’en indignent, d’autres s’en réjouissent. C’est le cas de nos invités.

Pour parler du sujet, nous sommes avec deux représentants de l’association La Ville à Vélo. Bonjour Rémi Mazeyrac-Audigier, et bonjour Thibaut Chardey.

Rémi Mazeyrac-Audigier : Bonjour.

Thibaut Chardey : Bonjour.

Anne Devineaux : La Ville à Vélo, c’est donc une association créée il y a déjà trente ans. Vous menez toute une série d’actions pour encourager la pratique du vélo et de la marche à Lyon et plus largement dans les communes de la métropole. Des actions de sensibilisation donc auprès du grand public, mais vous vous efforcez aussi de peser sur les politiques locales. Au niveau des collectivités tout d’abord, pouvez-vous nous éclairer : entre les communes et la Métropole de Lyon, qui est en charge de quoi au niveau des compétences ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Alors, sur la compétence de la voirie, donc tout ce qui va être infrastructure lourde de voies cyclables, c’est la Métropole qui gère. Et du coup, c’est absolument capital que la Métropole raisonne sur un plan vélo, et ce n’est pas à l’échelon municipal que le plan vélo métropolitain va être établi. La Ville va avoir d’autres compétences comme le stationnement, comme certains plans de circulation qui peuvent être des gros leviers pour développer le cycle. Mais sur la compétence voirie, donc typiquement bordure de trottoir, c’est la Métropole.

Anne Devineaux : Et donc ces dernières années, le nombre de cyclistes a fortement augmenté. Vous avez publié un premier bilan sur l’action des écologistes à la tête de la Ville et de la Métropole de Lyon [Lien]. Vous saluez notamment l’avancée d’un des projets phares du mandat, les Voies Lyonnaises, ces voies express sécurisées pour les cyclistes. Concrètement, qu’est-ce qui a été fait et est-ce que c’est suffisant ?

Thibaut Chardey : Aujourd’hui donc sur ce… sur les six dernières années, la majorité actuelle a développé 110 kilomètres de nouvelles Voies Lyonnaises. Ce qui est un effort sans précédent, il faut le saluer effectivement en faveur des mobilités actives, puisque c’est la première fois que la collectivité a la volonté de créer un réseau continu et sécurisé d’infrastructures cyclables. Jusqu’à présent, le vélo était plutôt une variable d’ajustement de projets annexes sur lesquels on venait construire par opportunité un aménagement cyclable sans raisonner de manière globale à l’échelle de la Métropole. Donc ça, c’est une très bonne chose ce projet.

110 kilomètres malheureusement c’est pas suffisant puisque aujourd’hui, pour que ce réseau fonctionne, il a besoin d’être continu. Et le problème de ces 110 kilomètres, c’est que c’est pas des 110 kilomètres continus sur un seul axe, mais c’est plein de petits morceaux d’aménagements cyclables à travers la Métropole, pas encore complètement reliés entre eux, avec donc ce qu’on appelle de fortes discontinuités cyclables.

Ces discontinuités, c’est le problème numéro un aujourd’hui des cyclistes, notamment des cyclistes débutants qui se retrouvent d’un seul coup au détour d’un carrefour en mixité avec les voitures, sans savoir trop où se positionner, sans savoir comment rejoindre l’aménagement suivant ou où passer. Et donc c’est vraiment sur cet aspect du traitement des discontinuités cyclables qu’on appelle les candidats actuels aux métropolitaines de se positionner et de prioriser leurs futurs investissements.

Anne Devineaux : Et donc ces candidats, vous les avez rencontrés ? Enfin en tout cas vous en avez rencontré certains. Vous allez en rencontrer d’autres. Est-ce que tout le monde a répondu à votre appel ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Alors tout le monde n’a pas encore répondu. Dans un souci de discrétion, je ne dirais pas qui a répondu et qui n’a pas répondu. Mais nous nous sommes adressés à tous les candidats, de l’extrême gauche à l’extrême droite, pour que le sujet du vélo soit un sujet qui soit transpartisan. C’est un sujet éminemment politique, mais qui doit rester transpartisan. Il y a pléthore d’exemples, que ce soit en France ou en Europe, qui montrent que la politique cyclable n’est pas l’apanage d’un parti. Le baromètre vélo en 2025 a notamment récompensé dans les petites villes une commune qui est dirigée par un maire LR avec un vrai réseau cyclable à l’échelle de sa ville. Et donc dans cette optique-là, nous avons contacté tout le monde. Nous avons eu quelques réponses. Nous avons eu jusqu’à présent quatre ou cinq candidats que nous avons rencontrés, que ce soit eux en personne ou leur équipe, pour voir ce qu’ils avaient à nous dire en termes de propositions et pour avoir une prise de contact.

Anne Devineaux : Et donc ça se passe comment ces rencontres ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Bah concrètement, le ou la candidate et son équipe viennent, on est en général quelques membres de l’association La Ville à Vélo qui sommes face à ce candidat, et puis on discute sans aucune agressivité ou animosité, sans aucune prise de parti. L’idée c’est vraiment juste de débattre avec eux et voir quel est leur sentiment sur la place du vélo en ville et quelle est leur vision à l’échelle d’un territoire sur ce mode de déplacement.

Anne Devineaux : Et vous trouvez des candidats qui sont hostiles ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Jusqu’à présent, aucun particulièrement hostile qui nous ait dit qu’il avait envie de tout arrêter, voilà. Après, il y a un vrai décalage entre ce que vont dire les candidats face à nous et les annonces qui sont dans la presse. Mais jusqu’à présent aucun candidat ne nous a dit que « les pistes cyclables c’était ‘stop’ pour le prochain mandat » et qu’il ne souhaitait pas continuer. Maintenant, c’est vraiment quelque chose qu’on voit aussi, qu’il y a un changement potentiellement de modalité qui se fait sur tout l’échiquier politique avec aujourd’hui 15% de part modale domicile-travail à Lyon centre. C’est une mobilité qu’on ne peut pas qualifier d’anecdotique.

Anne Devineaux : Oui, au niveau des chiffres sur l’augmentation justement de la pratique cycliste, quels sont ces chiffres sur les dernières années ?

Thibaut Chardey : Aujourd’hui on constate globalement à Lyon depuis la mise en place du Vélo’v, donc depuis 2005 (donc ça maintenant 20 ans), on a le trafic vélo à Lyon qui augmente d’environ 10% à 15%. Alors ça dépend des années, mais en moyenne 10% à 15% par an depuis 20 ans. Et cette dynamique, elle ne s’essouffle pas, c’est-à-dire qu’elle continue et on continue à observer tous les ans le même chiffre. Et bien sûr 10% à 15% quand on part d’un chiffre de plus en plus élevé, ça fait de plus en plus de cyclistes chaque année sur nos pistes cyclables. Et on est à peu près certains que cette dynamique va continuer ces prochaines années, en tout cas au cours du prochain mandat, quelle que soit d’ailleurs la volonté du futur exécutif en faveur du vélo, puisque la fin des chantiers qui s’achèvent seulement là sur les Voies Lyonnaises va de toute façon continuer à accompagner cette pratique, cette hausse de la pratique du vélo ces prochaines années. Et donc effectivement aujourd’hui on a des parts modales donc c’est-à-dire des déplacements domicile-travail en vélo de l’ordre de 15% il y a 3 ans à Lyon centre, et de l’ordre de 12% à Villeurbanne.

On estime assez facilement d’après la dynamique actuelle que d’ici la fin du prochain mandat, on aura à peu près un quart des Lyonnais et des Villeurbannais qui utiliseront le vélo pour aller travailler au quotidien. Donc ça va commencer à représenter une part très importante de la population.

Anne Devineaux : Donc le vélo, c’est plutôt une image positive. Mobilité plus durable, zéro émission, peu coûteuse, bonne pour la santé. Pour autant, il y a aussi beaucoup de critiques de la part de ceux qui utilisent leur voiture, certains par confort, mais beaucoup aussi par nécessité. Des élus d’opposition même dénoncent une « frénésie cycliste ». Vous comprenez leurs arguments ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Alors évidemment qu’on comprend les arguments et que la position de La Ville à Vélo n’a jamais été de dire une Métropole avec 100% des gens qui se déplacent à vélo. Il y a toujours des impondérables. Des fois on est obligé de faire une grande distance, de se déplacer pour aller à un endroit récupérer du mobilier et tout. Mais dans les critiques qu’on entend souvent de « tout ne peut pas se faire à vélo », en fait une grande partie peut se faire à vélo. Et il y a… alors je ne pense pas que ce soit pour une question de confort ou de… voilà, mais il y a une méconnaissance autour des usages qu’on peut faire du vélo. Et pour parler caricaturalement, tous les déplacements en voiture ne sont pas pour aller chercher une personne de 80 ans ou pour aller chercher un meuble Ikea. Il est estimé quand même que 60% des déplacements font moins de 5km. Il y a un rapport de l’Insee qui est sorti en 2023 de mémoire et qui s’appelle La France à vingt minutes à vélo. Et en fait, on peut mettre une écrasante majorité de la population à vélo, car une écrasante majorité de la population se déplace sur une distance qui est assez faible.

Maintenant l’enjeu est de faire connaître ce mode de déplacement, de sécuriser ce mode de déplacement et donc pour ça effectivement il faut prendre de l’espace là où il y en a. Et la question n’est pas de prendre de l’espace au piéton, qui est aussi une très importante mobilité, mais de le prendre là où on l’a donné pendant des décennies, c’est-à-dire à l’automobile. À Lyon en fin de mandat, on est encore à peu près à 70% de l’espace urbain public qui est dévolu à l’automobile. Et donc ça… ça représente des kilomètres de voirie. Et donc on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il y a une frénésie du vélo quand on voit qu’on a toujours 70% de l’espace public qui est dédié à l’automobile.

Et en termes d’investissement, cette frénésie du vélo a représenté un… alors le chiffre qui était annoncé en début de mandat était de 280 millions d’euros pour le projet des Voies Lyonnaises. En fin de mandat, on n’a pas eu toute cette somme qui a été dépensée. Mais pour donner d’autres ordres de grandeur, on a deux lignes de tram qui sont en construction qui représentent toutes les deux quasiment 600 millions d’euros. On a du développement de réseau bus, on a tout un tas d’autres projets qui ont été portés par l’exécutif. Et donc dire que sur un budget… de mémoire le budget métropolitain est de 4 milliards par an, sur ces plusieurs milliards dire que 200 millions, c’est une frénésie du vélo, c’est en fait méconnaître en grande partie la réalité.

Anne Devineaux : Et sur votre site internet, on trouve un outil pour évaluer le bilan des politiques vélo. Ça s’appelle le Véloscore. Donc il y a divers critères : sécurité, infrastructure, stationnement. Vous classez les communes de l’agglomération lyonnaise. Qui sont les meilleurs élèves selon vous, et qui sont les cancres ?

Rémi Mazeyrac-Audigier : Alors dans les meilleurs élèves, il s’agit à chaque fois d’arrondissements de Lyon centre. De mémoire, on a le 6e, le 7e, en fait des arrondissements qui sont assez vastes, situés majoritairement en rive gauche, donc des territoires plats où il a été facile de dérouler du kilomètre cyclable. Et donc ça a effectivement un vrai effet. Dans les mauvais élèves, on va avoir beaucoup de communes de banlieue. Et là on rejoint un des principaux écueils que nous avons, nous, c’est tenter de faire passer le vélo comme un sujet transpartisan. Et les mauvais élèves se retrouvent en majorité dans des communes qui sont issues de l’opposition où nous avons eu pendant 6 ans des politiques d’obstruction, dans pas mal de communes par pure idéologie anticycliste, ce que nous déplorons.

Anne Devineaux : Et donc pour terminer peut-être, quel serait le principal message à adresser à tous les candidats s’il y avait une priorité selon vous ?

Thibaut Chardey : On a trop eu tendance ces dernières années à (en tout cas pour certains politiques) à voir le vélo comme un problème. Or le vélo ça n’a jamais été un problème, le vélo c’est aujourd’hui c’est une solution à nos mobilités en ville. Le vélo n’est pas là pour embêter une certaine catégorie de la population, mais pour donner des solutions à des personnes qui aujourd’hui aimeraient en trouver dans leurs déplacements pour que leurs déplacements soient moins stressants, plus rapides, plus efficaces. Aujourd’hui le vélo c’est ça, c’est à ça qu’il doit répondre. Et donc aujourd’hui on est plutôt face à des personnalités ou des politiques qui ne veulent pas voir cette réalité, qui considèrent que l’utilisation de la voiture est essentielle et ne peut pas changer.

Or si on ne fait pas tout pour que la voiture prenne moins de place dans une métropole qui compte de plus en plus d’habitants, on aura de plus en plus d’embouteillages, c’est mécanique. On aura des bus de plus en plus bondés et insupportables, c’est mécanique. Si on ne propose pas de nouvelles solutions de mobilité pour que les gens n’utilisent plus leur voiture, pour que les gens aient des alternatives à leurs déplacements du quotidien y compris en transports en commun, on n’arrivera pas à améliorer les conditions de transport de tout le monde aujourd’hui. Donc le vélo doit vraiment être perçu par tout le monde comme une vraie solution, comme une vraie opportunité de faciliter les déplacements de chacun, quel que soit d’ailleurs son bord politique ou son usage de mobilité aujourd’hui.

Anne Devineaux : Merci beaucoup. Merci Thibaut Chardey, merci Rémi Mazeyrac-Audigier de l’association donc La Ville à Vélo. C’est ainsi que se termine cet épisode d’En un battement d’ailes. À bientôt.